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LA FEMME NOIRE EN AFRIQUE OCCIDENTALE

L’étude des populations africaines, de leurs moeurs, de leurs coutumes, a pris un nouvel essor ces dernières années. Des administrateurs de talent, de savants ethnologues, et même les voyageurs qui parcourent l’Afrique en quelques semaines, ont décrit ce qu’ils savaient des indigènes. Mais les traités des spécialistes, comme les ouvrages de littérature et de vulgarisation sont, en général, restés assez indifférents à la condition de la femme noire, et il semble opportun qu’un exposé de la vie féminine en Afrique Occidentale comble cette lacune. Deux méthodes s’offraient : écrire les monographies des différents peuples que nous avons étudiés au risque de nous répéter chaque fois, ou bien dégager leurs caractères cornmuns et en faire la synthèse, tout en signalant au passage ce qui les différencie. La première méthode présentait des avantages certains : un grand nombre de races différentes, provenant de plusieurs vagues d’invasion venues de l’Est, occupent les vastes territoires (près de 6.000.000 de km2) qui forment l’Ouest Africain.

Chaque peuple ayant gardé son caractère particulier, il serait illusoire autant que dangereux de négliger Cette diversité, parfois si fortement accusée, pour créer un type idéal de la femme noire. Autant vaudrait parler de " la femme blanche" en Europe, car la différence n’est pas plus grande entre une Espagnole et une Anglaise, une Serbe et une Scandinave, qu’elle ne l’est entre une Mossi, une Bobo-Oulé ou une Guerzé.
Et cependant, tout bien considéré, la seconde méthode nous a semblé préférable, car si les peuples de l’Afrique Occidentale présentent sur certains points de profondes différences raciales ou culturelles, ils offrent des similitudes plus grandes encore, surtout lorsqu’on les compare aux civilisations européennes. La structure des tribus africaines,
comme celle de toute société, dépend du sol qui les a vues naître, des conditions historiques dans lesquelles elles se sont développées, des influences raciales et religieuses qui ordonnent leurs destinées. Comme le dit justement M. Augustin Bernard : "A côté des influences raciales qui sont obscures, il faut placer les conditions géographiques
qui sont très claires : elles déterminent le genre de vie des Africains, et dans une très large mesure, le degré de leur civilisation. A la forêt dense correspondent les peuples primitifs; à la savane, les populations agricoles et sédentaires; à la steppe, les populations pastorales et guerrières." Or, les peuples au milieu desquels j’ai fait de longs séjours,
établis loin de la côte, sont restés fermés à toute influence européenne jusqu’en 1880. Tous sauf les Guerzés ont leur habitat dans la savane soudanaise. En étudiant leurs moeurs et leurs coutumes, j’ai constaté que, malgré leurs dissemblances, elles présentent de nombreux points communs. En outre, elles correspondent à une conception
identique, surtout en ce qui concerne l’organisation de la famille, la condition de la femme, relations entre époux, entre parents et enfants, etc. Pour rester dans la vérité objective des faits, je bornerai mes observations aux tribus que j’ai plus particu1ièrement étudiées : Mossi , Dagari, Lobi, Boussansés, Samos, Bobos- OuIés, Bobos-Fings, Bambaras, Malinkés, Khassonkés, Guerzés.

Ces peuples de l’Ouest Africain ont gardé jusqu’à nos jours leurs antiques coutumes. La femme indigène, en particulier, continue à mener la même vie que ses plus lointaines aïeules. C’est cette existence de tous les jours,
dans le cadre d’une organisation familiale et sociale étrangère à notre conception traditionnelle, que nous allons
maintenant décrire.

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